Life of William, Earl of Shelburne/Volume 2/Appendix 2

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APPENDIX

II

A

The visit of the Abbé Morellet to Bowood in 1772, related by him in his Mémoires, vol. i. ch. ix.

"En arrivant à Londres je trouvai Lord Shelburne absent, mais il avait laissé des ordres pour me recevoir; même il avait fait plus, et ayant prévenu de mon arrivée son frère Fitzmaurice, alors membre de la Chambre des Communes, celui-ci, en attendant le retour de milord, me mena à Wycombe, terre située à sept à huit lieues de Londres, et titre de la première pairie du Lord Shelburne, qui est aujourd'hui sur la tête de son fils. II emmenait aussi le colonel Barré, le docteur Hawkesworth, rédacteur du premier Voyage de Banks autour du monde, et Garrick et Franklin, deux hommes qu'il suffit de nommer.

"Nous passâmes cinq ou six jours à Wycombe, et, comme on voit, en assez bonne compagnie.

"J'entendais fort difficilement l'anglais parlé; mais tous parlaient un peu de français, et me montraient une grande indulgence. Ils m'entendaient très-bien eux-mêmes, parce que j'avais alors une prononciation nette et distincte, une voix forte, et une déclamation naturelle et vraie, qui servait à déterminer le sens des mots et celui des phrases, ce que Garrick sentait parfaitement, et ce qui l'aidait à m'entendre, comme il me l'a dit plus d'une fois.

"Le temps, comme on peut le croire, se passa fort agréablement pour moi, dans la société de ces hommes que je me suis toujours félicité depuis d'avoir connu, et dont je dirai ici quelque chose en commençant, comme de raison, par le plus célèbre.

"Franklin, qui déjà montrait à l'Angleterre le politique et l'homme d'Etat qu'elle eut bientôt à craindre, était alors beaucoup plus connu en Europe par sa grande découverte de l'identité du feu électrique avec celui du tonnerre, et par sa belle théorie de l'électricité; mais l'économie publique et les matières du gouvernement m'occupaient plus moi-même que la physique, et la conversation se reportait naturellement sur ces objets. Nous discutâmes beaucoup la question générale de la liberté du commerce, et les deux grandes questions qui dépendent de celle-là, la liberté du commerce de l'Inde, et la liberé du commerce des grains. J'eus la satisfaction de le voir goûter entièrement tous les principes que j'avais établis dans mes mémoires centre la Compagnie, et dans la Réfutation des Dialogues; et il me sembla même que je dissipais quelques doutes restés dans son esprit.

"Les idées sur la population en général, et sur celle de l'Amérique en particulier, sur les rapports des colonies avec les métropoles, sur les progrès de l'Amérique alors anglaise, et sur ceux qu'on devait prévoir, eurent leur tour dans nos entretiens. Nous parlâmes aussi musique, car il l'aimait, et physique et morale, mais en peu de mots et à des intervalles assez longs; car jamais personne ne pratiqua mieux la maxime de La Fontaine:

"'Le sage est ménager du temps et des paroles.'

Je lui vis faire là l'expérience de calmer les flots avec de l'huile, qu'on avait regardée comme une fable dans Aristote et Pline. II est vrai que ce n'étaient pas les flots de la mer, mais ceux d'une petite rivière qui coulait dans le parc de Wycombe. Elle était agitée par un vent assez frais. II remonta à deux cents pas de l'endroit où nous étions; et, faisant quelques simagrées magiques, il secoua par trois fois sur la rivière un roseau qu'il avait dans la main. Un moment après, les petits flots s'affaiblirent par degrés, et la surface de l'eau devint unie comme une glace.

"Dans l'explication qu'il nous donna de ce phénomène, il nous dit que l'huile contenue dans son roseau se divisant prodigieusement aussitôt qu'elle était jetée, et rendant plus lisse la surface de l'eau, empêchait le vent d'avoir prise sur elle, et principalement sur la partie de la rivière qui en recevait la première impulsion, et que l'agitation des parties inférieures venant à se calmer d'elle-même, et n'étant pas renouvelée dans la partie d'au-dessus, ni communiquée plus bas, le calme se propageait partout. …

"Mais l'homme dont je ne puis assez parler, assez me louer, et pour qui ma reconnaissance doit durer autant que ma vie, est le Lord Shelburne, à qui je dois cette noble hospitalité, dont je crois qu'il serait difficile de trouver un autre exemple. J'ai déjà dit l'attention qu'il eut de me faire recevoir à mon arrivée par son frère et ses amis, et de me donner si bonne compagnie en attendant qu'il revînt.

"A son retour, il me mena chez tous ses amis, me fit voir tous les spectacles, tous les objets de curiosité que Londres renferme, le Panthéon, l'Opéra, le théâtre de Garrick, celui de Foote, alors très-suivi, la maison de la Reine qu'on voyait difficilement, la chambre des pairs et celle des communes, le museum, l'exhibition de Cooke, etc.

"Outre les personnes que j'ai déjà nominées, il me fit connaître M. Hamilton, celui qui avait rapporté de Naples les vases étrusques, Banks et Solander, revenus de leur premier voyage et prêts à partir pour le second, le duc de Richmond, milord Sandwich, milord Mansfield. Nous allâmes ensemble dans la berge de milord Sandwich dîner sur le vaisseau de Banks, où le premier lord de l'amirauté fut reçu avec tous les honneurs par les voyageurs prêts à quitter l'Angleterre. Nous avions vu, quelques jours auparavant, Banks et Solander au milieu des raretés qu'ils avaient apportés de leur premier tour du monde. Enfin il ne me laissa pas le temps de désirer, pour me faire voir tous les objets intéressans qui pouvaient mériter l'attention d'un étranger.

"Nous déjeunions tous les jours avec quelques-uns de ses amis, Barré, Priestley, le docteur Price, Franklin, les deux Townshend, l'alderman et le ministre, etc. Le dîner rassemblait encore une compagnie plus nombreuse, et, les femmes retirées, la conversation était bonne, variée, instructive.

"J'avais d'ailleurs, ce que je ne dois pas oublier, une parfaite et entière liberté. J'allais, je venais, je passais la matinée comme il me plaisait, ou chez moi, ou courant la ville, et le plus souvent chez les libraires; me retirant et me couchant quand je voulais, servi à merveille, et comme il n'arrive qu'en Angleterre, sans savoir par qui et sans voir personne.

"Après six semaines de séjour à Londres, milord Shelburne me prit avec lui pour me faire voyager dans les comtés de l'Ouest, et me mener dans sa terre de Wiltshire. Nous fîmes d'abord une longue tournée avant d'arriver à Bowood Park, sa maison. Nous vîmes Blenheim, Windsor, Twickenham, la maison de Pope; Hagley, au Lord Lyttleton, etc.

"Revenus à Wycombe nous y eûmes la visite de Tucker, doyen de Gloucester, homme instruit, dont nous avons plusieurs ouvrages sur les matières du commerce et du gouvernement. Il était en relation avec M. Turgot, qui a traduit de lui un ouvrage intitulé: 'Questions sur la liberté du commerce du Levant.' Nous eûmes bientôt fait connaissance, et je lui promis d'aller le voir à Gloucester.

"En effet, je me séparai de milord pour lui laisser faire quelques courses; il devait aller, autant qu'il m'en souvient, chez le lord Chatham; il me donna rendez-vous a Bowood … où je trouvai milord Shelburne établi avec sa famille, le colonel Barré, le colonel Clark, le docteur Priestley qui servait d'instituteur à ses enfans, et le ministre Townshend, dont le bénéfice, ou paroisse, était à quelques lieues de Bowood.

"Une grande et belle maison, un beau jardin, une riche bibliothèque, des voitures et des chevaux, quelques voisins de temps en temps et des courses chez eux, Bath à quinze milles de là, où nous allions nous divertir; c'était là de quoi passer le temps agréablement, et, si l'on y joint la conversation du maître et de ses hôtes, très-utilement. C'est là surtout que j'ai trouvé un excellent usage, celui d'être établi toute la journée dans une bibliothèque qui servait de salon, et qui fournissait continuellement ou des sujets à la conversation, ou des secours pour vérifier les points débattus.

"Pendant ce séjour et ce voyage, j'avais vu les manufactures du Wiltshire et du Gloucestershire, etc. J'avais recueilli, grâces à milord Shelburne, des échantillons de toutes les espèces de draps et d'étoffes de laine, de soie et de coton qui s'y fabriquent; différens mémoires sur ces objets d'industrie et de commerce; quelques modèles, non pas des machines, dont les Anglais sont jaloux à l'exces, modèles qu'on n'eût pu me donner, et que je n'eusse pu emporter avec sûreté; mais des dessins et autres objets non moins utiles, comme un dessin et une explication de la manière de mettre le foin en meule, de le couvrir avec un toit mobile qui descend à mesure que la meule se consume; un couteau à couper le foin; les diverses mesures de continence et de longueur, et les poids étalonnés; de nombreux échantillons, etc., toutes choses que j'ai rapportées pour le gouvernement.

"Milord Shelburne, après être resté six semaines à Bowood, me proposa de m'emmener en Irlande avec lui. Je me défendis de ce voyage, qui m'aurait pris trop de temps. Il me dit alors qu'il m'emmènerait jusqu'en Yorkshire, en me faisant voir, chemin faisant, plusieurs de ses amis, de belles maisons de campagne, de beaux pays, et que d'York je pourrais facilement me rendre à Londres. C'était, comme on voit, me combler de bons process.

"Nous passâmes d'abord huit jours dans la maison d'un M. Parker, sur les bords de la mer, vis à vis de Mount Edgcumbe, de l'autre côté de la rade de Plymouth. Nous y faisions une excellente chère, surtout en poisson. Je vis le port et l'arsenal de Plymouth, ce qui n'est aisé pour un Français en aucun temps. Je vis aussi Mount Edgcumbe, maison et jardin dans une situation unique et vraiment romanesque.

"Entre autres plaisirs que j'y goûtai, je ne puis oublier une promenade sur la Tamar, rivière dont l'embouchure est dans le bassin de Plymouth et qui n'est navigable qu'à quelques milles avant d'arriver à l'Océan. Elle est fort encaissée, mais ses bords présentent des aspects sans nombre, tous plus agréables les uns que les autres; tantôt des coteaux cultivés jusqu'à leur sommet, ou couronnés de bois; tantôt des bords escarpés en rocs de granit et d'ardoise, du haut desquels pendent des arbres, dont les branches touchent la surface de l'eau; des sinuosités douces, qui vous éloignent et vous rapprochent alternativement de quelque objet frappant; des cabanes de pêcheurs; de vertes prairies couvertes de bestiaux, etc.

"Après nous être rendus à Plymouth de la maison de M. Parker, qui en est à une demi-lieue, nous nous embarquâmes en quatre bateaux, deux pour la compagnie, un pour quelques domestiques et le dîner, un pour de la musique, formée de huit instruments à vent. Nous remontâmes la rivière jusqu'où elle cesse d'être navigable, c'est-à-dire, à huit où dix milles de Plymouth. Là, nous vîmes la pêche du saumon, errans ou assis dans une prairie charmante, jouissant de toutes les sensations douces que peuvent donner l'agrément du site, la beauté du ciel, la fraîcheur des eaux. Nous redescendîmes ensuite, et nous nous arrêtâmes, vers les trois heures, à un endroit de la côte dominant la rivière, sur un tapis de la plus belle verdure, ombragé de grands arbres et séparé par la rivière seule d'un coteau admirablement cultivé, et semé ça et là de jolies petites maisons. C'est la que nous dînâmes assis sur l'herbe avec des viandes froides, un pâté, force gâteaux et quelques fruits. Je ne dois pas oublier une circonstance imprévue, qui ajouta beaucoup à notre plaisir.

"Pendant que nous dînions, nous aperçûmes trois jeunes filles qui, se promenant dans la prairie voisine avec leur père et leur mère, s'étaient approchées de nous pour entendre notre musique, et nous regardaient au travers d'une haie qui nous séparait d'elles. Je me lève aussitôt, et je leur présente un panier de cerises. Je les prie en même temps de vouloir bien chanter some scotish song, dont, moi Français, j'étais very fond. Elles se regardent un moment; et dès que nous fûmes retournés à nos places, comme si notre plus grand éloignement les eût rassurées, elles se mettent à chanter tous les trois a l'unisson, avec des voix d'une extrême douceur: The lass of Peatie's mill. Sans doute le temps, le lieu, la singularité de la rencontre ajoutèrent quelques charmes à ce petit concert; mais tous mes Anglais furent émus, et me dirent que je leur avais procuré le plaisir le plus vif qu'ils eussent goûté dans toute cette belle journée.

"Au sortir de Plymouth, nous prîmes notre route d'abord par la côte du Sud, et nous vîmes Dartmouth, Tor-Bay, Sidmouth, Weymouth, l'île de Portland, Dorchester; et remontant au Nord, nous traversâmes Dorsetshire, Wiltshire, Gloucestershire, Derbyshire, Yorkshire, etc., voyant les maisons de campagne, les manufactures, et tous les objets qui peuvent attirer la curiosité. Je quittai milord à Leeds, à sept ou huit lieues de York, comblé de ses politesses et de ses bienfaits. Là, il prit sa route vers la côte, où il voulait s'embarquer; et de York, où je passai deux jours, je revins à Londres, d'où, après un séjour d'environ une semaine, je revins à Paris, vers la fin d'Octobre, après six mois de séjour en Angleterre."

B

Letter of Benjamin Vaughan from Paris to Lord Lansdowne describing the Fête de la Fédération.

Paris, July 15, 1790.

The ceremony of yesterday is over without any accident as yet known to me. It was curious as presenting a great many novel facts, but not so impressive as might have been expected, and the treatment of strangers at this moment is one of the many proofs of the hurry of it. There were two large portions of the covered seats very principally destined for them, but of which they knew nothing. By a mere accident I was placed through the ambassador, and nearly the single stranger (except the corps diplomatique) in one of the divisions; in the other there were scarcely more. I know two colonels and a young lady who were in the public seats, whence they had endeavoured foolishly to exclude umbrellas, notwithstanding it was a day of constant showers, which wet everybody without (and almost within) to the skin. The ceremony was twice as long as necessary, and conducted so as to give me the impression of M. de la F. not having comprehensive talents. The neglect of strangers at the ceremony, and their present exclusion from the assembly, where I have been only by stealth, and am to return only as a news writer in a box holding eight people, I say these circumstances show politeness not to be a predominant character of this young man, of whom as yet I have seen nothing.

Nor have I seen M. de Mirabeau, though I have dined at his house with the Marseilles deputies. But to-morrow I hope, in company with Lord Wycombe, to be present at his fête civique, for which purpose he is building a temporary apartment. He is getting blind with one eye, and in that case the other is never secure. At the present moment he is in pet with the assembly, otherwise I doubt not his having taken the part of strangers.

The King did not walk to the altar to take his oath, which would have been very popular, and which no rain should have set aside. But it is remarkable that after the ceremony began in the Champ de Mars no rain of moment fell upon it, though very black showers fell immediately to right and left at different times. The King looked better than I expected; the Queen well, fat, and sulky, and, as may well be guessed, not at all at home. There was a large gallery at the back of the throne, where the Queen was, and where a sort of Court was held, but few ladies were present except of the immediate attendants, &c.

The spectators were animated and cheerful in spite of the rain, and considered it as the coup de grace of aristocracy. The military people below, who were only in side arms, danced about during the delays of the ceremony and the chill from the rain like so many kittens and monkeys, and as if they were out of their wits. The sublime was nowhere found but in the artillery. The King's marching to the altar would have produced it in an affecting manner. The form of the field will be seen in the next sheet: as to the detail of the procession, it is mechanical and not worth sending. The troops of the line have made no figure apart from others. They speak of them as in a state of sad indiscipline, and as if it would not be a point to consider whether they would not be better en corps against them, than ready to disband as idlers and robbers, the real friends of nobody.

The people also do not in many parts know how little portion of an intermeddling power is given to them by liberty, unless expressly appointed to the exercise of such. They want to put in force their own ideas without any intermediate agents in many cases, and consequently appear often with little subordination. I believe they will be stopped in attempts at agrarian laws, but it is only because they have missed their time. It seems likely that the nobility may preserve their noble names, but not their titles.

As to the 14th, there is no mischief except from the fault of workmen, that can last for five minutes. No mob, disarmed as they are intended to be, can resist a very large effective army, ready on the spot for instant action. Weather is the only equivocal thing. The enclosed will tell the rest. (It is not yet out.) All the heights of Chaillot and Passy will be covered, as well as the streets, independent of the borders of the Champ de Mars. The children of the Duke of Orleans, ladies, priests, gentry, have all been handling barrows and spades, to alter the levels of the spot, in spite of showers.

Paris at certain hours is idle, but in the shops in the Palais Royal they find time to work, in spite of the Political Exchange daily held there. At Peronne I found them at work at five in the morning. The same, early and late, in the fields, which have unusual crops, though much laid, but luckily the fields laid are the poorest. I came by Arras and Peronne; and a sensible friend by Havre and Rouen, who reports everything favourable as to crops; for the rest, I have not had time to ask him, except as to the animation of the country, in which we both agree in the most perfect manner.

Lord W. did me the honor of an immediate visit yesterday. I have not met him since, but I suppose I shall have that pleasure at the Duke of Rochefaucauld's to-morrow. His Lordship has not been to the Assembly, where I found the debates violent yesterday; to-day milder. The Duke of Orleans, after arriving at midnight, surprized us in the Assembly this morning. The enclosed speech was read rapidly without dignity or feeling, but well received, which is the more remarkable, since, except some 6 or 8 of us, the galleries were filled with provincial deputies, and the assembly below with residents at Paris.

Count Mirabeau has behaved in an affectionate manner to me, though we have not met. The Abbé M—— seems brim-full of rancor at times which both injure and neglect him; but he would only open to Lord W——. He seems to me likely to take nothing to heart in future but his private affairs.

Nobody dreams here of a Spanish war, which I think can only happen from a rude mode of making peace. … I saw the King walking in the Thuilleries this morning in the rain. He is still bulky, but looks broken like Lord Effingham. They have an opinion here of Mr. Fox's coming over, but I should be mortified to find Miss Fox had left me to learn the secret here. Yet one cannot but regret that there is one sufferer more, and still more when he appears to have the right of complaining.

People do not know the precise road by which they are to get out of their finance difficulties, and the Caisse d'Éscompte paper is at more than 4 per cent discount. But this is a very dangerous symptom to trust to, for I will venture to say, if the present humor lasts, which is daily increasing, that a just war, or indeed any war assented to by the Assembly, will be fought by every man, woman, and child in France, who will consider it as their own war and France as their own private family. Carthage at its last gasp was not capable of more desperate acts, nor yet Jerusalem, if we are to judge by what appears.

The national guards everywhere swarm. There are 40 or 50,000 men already in Paris of the city and provinces. I do not say all of them look like officers, but they resemble these far more than they do privates.

C

M. de Talleyrand à Lord Lansdowne

Philadelphie, 1er février 1795.

Milord—Un des plus doux emplois de soi, lorsqu'on est séparé des personnes avec lesquelles on aimerait le mieux passer sa vie, c'est de s'occuper des choses que l'on sait intéresser leur esprit, et, après y avoir porté de l'observation, de leur en faire part. C'est là ce qui m'a conduit à examiner quelles sont les relations nécessaires qui existent entre les États-Unis de l'Amérique et de l'Angleterre, quelles sont les véritables dispositions des deux peuples l'un envers l'autre, quels sont leurs rapports effectifs, et à vous écrire cette longue lettre.

Si je saisis bien ces questions, et que j'en obtienne la réponse dans toute leur étendue, je serai autorisé à porter mes vues au delà du moment présent et à former de plausibles conjectures sur la durée ou le changement des rapports actuels. Peut-être meme l'avenir n'est-il pas si difficile à bien prévoir que l'instant present n'est difficile à bien connaître: car c'est un moment bien embarrassant pour observer que celui ou les passions partout poussées jusqu'à l'extrême ne laissent ni aux hommes ni aux choses leur caractère naturel. Quelle attention ne faut-il pas pour démêler les ressorts de ces passions différemment agissantes, distinguer, séparer les effets qui appartiennent à des causes diverses, et dans leurs contradictions apparentes saisir ce qui est occasionnel et passager pour ne pas le confondre avec ce qui est permanent et indépendant de la mobilité des circonstances! Dans de tels moments, il n'y a point de différence entre un jugement léger et un jugement faux: l'erreur est à la surface; il faut approfondir pour trouver la vérité.

Les liens de sujet à souverain qui unissaient autrefois l'Amérique et l'Angleterre, sont irrévocablement détruits; et toute idée de les ressusciter, tout effort pour y parvenir, tout espérance donnée ou reçue à ce sujet ne peut être regardée que comme le délire d'une imagination malade ou d'une grossière et trompeuse adulation. Je regarde cela comme convenu.

Depuis que la guerre a été déclarée entre l'Angleterre et la France par l'accession de la Grande-Bretagne dans la coalition des puissances du continent, les discours du peuple américain, les conversations de toutes les classes, la très grande majorité des papiers publics, les actes mêmes du gouvernement américain semblent découvrir une forte inclination pour la nation française, et pour le nom anglais une aversion qui peut à peine être contenue dans les bornes de la neutralité.

Écoutez les récits de tous ceux qui furent soldats dans la guerre américaine. Avec quel enthousiasme ils parlent encore de ces généreux frères d'armes qui traversèrent l'Atlantique pour venir les fortifier de leur alliance, combattre avec eux en faveur de la liberté! Ils se rappellent avec le souvenir de l'indignation les cruautés d'une guerre faite par une puissance qui s'appelait le mère patrie et qui n'avait pas honte de se faire assister des sauvages: et ce que chacun raconte, c'est ce dont il a été spectateur ou victime. Les titres des grades militaires sont restés attachés au nom de tous les citoyens qui existaient alors, car tous prirent les armes, et le peuple combattant en masse n'était plus qu'une nombreuse armée. Ces titres militaires sont encore autant de monuments de cette guerre qui frappent fortement l'esprit du voyageur: il ne s'étonne plus d'entendre tant de vœux formés pour les succès de la France, de lire dans les papiers tant de preuves de partialité contre l'Angleterre, enfin de voir, entre les mains du gouvernement le plus ami de la paix, la balance de la neutralité pencher quelquefois du côté de la République française. Il est vrai que cette neutralité a été comprise ou du moins exercée par l'Angleterre envers l'Amérique d'une manière qui approche extrêmement de l'hostilité ouverte.

Puisqu'il est reconnu impossible de conquérir l'Amérique, ruiner son commerce est à peu près le plus grand mal que la Grande-Bretagne eût pu lui faire, et, à cet égard, une guerre franche et déclarée n'eût pas été beaucoup plus efficace que les mesures adoptées par votre gouvernement, et aurait été moins perfide.

Il faut plus de temps et de réflexion que n'en emploie un voyageur ordinaire pour découvrir que, malgré ces circonstances, l'Amérique est cependant tout anglaise: c'est-à-dire que l'Angleterre a encore tout avantage sur la France pour tirer des États-Unis tout la bénéfice qu'une nation peut tirer de l'existence d'une autre nation.

Pour qu'une nation soit utile à une autre nation, et lui fasse tirer profit de son existence, il faut deux choses: il faut qu'elle le veuille; et il faut qu'elle le 'puisse.

Or, je soutiens que c'est à l'Angleterre beaucoup plus qu'à la France que les États-Unis d'Amérique veulent et peuvent être utiles.

La volonté qu'ont les Américains d'être utiles a l'Angleterre par préférence à la France, porte sur les deux seules causes qui peuvent produire une telle volonté: l'inclination et l'intérêt.

L'inclination des Américains est en faveur de l'Angleterre.

Cette proposition semble d'abord être un paradoxe. Des difficultés qui ont produit une guerre civile horriblement cruelle! Quel aliment pour une inclination réciproque! Sans doute: mais ces difficultés sont finies et ne peuvent plus reparaître: cette guerre n'est plus: de longs ressentiments ne subsistent point quand on a vaincu. L'orgueil satisfait ne réserve point de longs désirs de vengeance. D'ailleurs, l'Américain est peut-être le peuple de la terre qui connaît le moins les passions, et qui est le moins gouverné par elles; et chez un tel peuple, les sentiments et les inclinations ne sont que des habitudes. Or, toutes les habitudes de l'Américain font de lui un Anglais et le constituent tributaire de l'Angleterre avec une force de nécessité qu'aucune déclaration ou reconnaissance de son indépendance ne saurait surmonter.

La seule similitude de langage constaterait le droit de propriété de l'Angleterre sur toutes les inclinations des Américains d'une manière irrésistible. Elle place entre les hommes de ces deux pays un caractère commun qui les fera toujours se prendre l'un à l'autre et se reconnaître. Ils se croiront mutuellement chez eux quand ils voyageront l'un chez l'autre, échangeront avec un plaisir réciproque la plénitude de leurs pensées et la discussion de leurs intérêts, tandis qu'une barrière insurmontable est mise entre les peuples de langage différent qui ne peuvent prononcer un mot sans s'avertir et sentir qu'ils ne sont point frères; entre qui toute transmission de pensée est un travail pénible et non une jouissance; qui ne parviennent jamais à s'entendre complètement, et pour qui le résultat de toute conversation, après s'être fatigués de leurs efforts imparfaits, est de rester étrangers l'un à l'autre et de se trouver mutuellement ridicules.

Comment ne serait-ce point une province de l'Angleterre qu'un pays où les traits distinctifs de la Constitution, soit dans l'union fédérale, soit dans les États distincts, sont empreints d'une si forte ressemblance avec les grands linéaments de la Constitution anglaise? Quelques États avaient osé vouloir s'en écarter et ne point reproduire dans leur Corps législatif l'image d'un Roi, d'une Chambre haute et d'une Chambre des communes. L'expérience les a punis et, ce qui est plus rare, les a éclairés: et le respect pour la Constitution anglaise n'a-t-il pas dû devenir extrême lorsque plus ou moins de ressemblance avec elle a été reconnu pour la mesure des succès ou des méprises? Sur quoi repose aujourd'hui toute la liberté individuelle de l'Amérique? Sur l'habeas corpus et le jugement par les jurés. Assistez aux séances du Congrès, à celles des législatures particulières. Suivez les discussions qui précèdent la fabrication des lois nationales. Que cite-t-on? Où prend-on ses analogies? où cherche-t-on ses exemples?—Dans les lois anglaises; dans les usages ou dans les règlements du Parlement de la Grande-Bretagne.—Allez aux cours de justice; de qui parle-t-on?—De lois communes, de statuts, de jugements des cours anglaises. Les hommes de loi n'ont pas un livre dans leur bibliothèque qui ne soit composé et imprimé en Angleterre. Certes, si de tels hommes ne sont pas totalement Anglais, il faut renoncer à reconnaître l'influence des lois sur les hommes et nier les modifications qu'ils reçoivent de tout ce qui les entoure. C'est vainement que les mots de république et de monarchie semblent placer entre les deux gouvernements des distinctions que rien ne peut confondre. Il est clair, pour tout homme qui va au fond des idées, que, dans la Constitution représentative de l'Angleterre, il y a de la république comme il y a de la monarchie dans le pouvoir exécutif des Américains. Cela sera vrai surtout aussi longtemps que durera la présidence du général de Washington. La force d'opinion qui s'attache à sa personne et qui s'accroît chaque jour, représente fidèlement l'espèce de pouvoir magique que les publicistes attribuent aux monarchies, pouvoir qui, dans l'instant actuel, ne croît pas aussi constamment que la popularité du général Washington.

La partie de la nation américaine qui serait appelée à recevoir le moins de préjugés, les hommes riches et instruits du pays, ceux qui ont été les moteurs de la révolution, qui pour la soutenir ont animé le peuple contre les Anglais, et qui en soufflant cette haine auraient pu s'en pénétrer, ceux-là mêmes sont insensiblement ramenés vers l'Angleterre par différents motifs. Plusieurs ont été élevés en Europe; et à cette époque, l'Europe des Américains n'était que l'Angleterre. Ils n'ont guère d'idées comparatives de grandeur, de puissance, de noblesse et d'élévation que celles qui leur sont fournies par des objets tirés de l'Angleterre; et surpris eux-mêmes de la hardiesse du pas qu'ils ont fait en s'en séparant, ils sont ramenés au respect et à la subordination vers elle, par tous leurs mouvements involontaires.

Ils ne se dissimulent pas, il est vrai, que, sans la France, ils n'auraient pas réussi à devenir indépendants; mais ils savent trop de politique pour croire de nation à nation à la vertu qu'on appelle reconnaissance.

Ils savent que les services désintéressés ont seuls des droits à ce pur sentiment, et qu'il n'y a point de tels services entre les États. Et comment pourraient-ils s'y tromper? Lorsque l'Amérique, affranchie du joug de l'Angleterre, périssait sous le poids de sa propre anarchie, lorsqu'au milieu de son indépendance, il lui manquait la liberté, lorsqu'elle faisait effort pour se la procurer et arriver à sa Constitution fédérale, les chefs du pays découvrirent que l'ambassadeur de France avait des instructions pour traverser cette entreprise. Ce même allié qui avait tout sacrifié pour les séparer de l'Angleterre, voulait les tenir désunis entre eux. II voulait les condamner à une longue et pénible enfance, afins qu'ils fussent émancipés sans avoir ni sagesse pour se conduire ni force pour se protéger eux-mêmes. Telles étaient les instructions de M. de Ternan, alors ministre du Roi près les États-Unis. Il les suivit autant qu'il put, et les efforts qu'il fit en ce temps pour opposer la constitution fédérale, soit dans la convention de 1789, soit dans celles des divers États, furent insuffisants pour cet objet de sa mission, mais contribuèrent à semer le germe d'antifédéralisme qui, depuis, s'est développé de plusieurs manières, surtout par les associations que M. Genet a créées entre cette secte et le jacobinisme qu'il a apporté le premier dans les États-Unis.

Dès lors aussi, les chefs du gouvernement américain ont commencé à se méfier de la fraternité des Français et à craindre des embûches funestes jusque dans leurs présents.

Ces mêmes hommes, qui avaient à combattre dans leur sein un parti ennemi de la Constitution, et qui puisaient dans les exemples de l'Angleterre et dans les livres qui ont le plus loué sa Constitution, une partie de leurs arguments contre les antifédéralistes, ces mêmes hommes, tout en applaudissant aux premiers efforts de la France pour être libre, n'ont point aimé qu'elle traçât une route nouvelle dans l'art des constitutions et opposât à l'expérience de l'Angleterre des essais, frappants du moins par leur hardiesse, et qui prêtaient des armes du moment à leurs adversaires. Ces motifs intérieurs ont insensiblement établi, entre ceux qu'on nomme démocrates et ceux qu'on nomme aristocrates dans les États-Unis, la question sur un point qui devrait être parfaitement étranger aux recherches des deux partis, c'est l'inclination pour les Français ou l'inclination pour les Anglais. Mais cette question, comme toutes celles de parti, est posée sans grand égard pour la vérité et avec plus d'envie d'injurier que d'éclaircir. Car, au fait, ce que les hommes gouvernants du pays aiment d'inclination, c'est leur propre pays, et ils l'aiment d'autant plus sincèrement que l'existence de ce pays est leur ouvrage, le prix de leur sang et celui de leurs longs travaux politiques. Les désorganisateurs, au contraire, n'aiment qu'eux-mêmes, leur ambition privée et leurs vues d'intérêt personnel. Mais ils ne composent qu'une faible minorité du pays, et s'il fallait prendre au pied de la lettre le titre d'amis des Français qu'ils se donnent et celui d'amis des Anglais qu'ils prêtent aux partisans du gouvernement, ce calcul fournirait encore une grande majorité d'hommes dont l'inclination serait pour l'Angleterre.

Mais c'est trop longtemps chercher les dispositions de l'Amérique dans ses préjugés ou ses habitudes; c'est dans ses intérêts qu'il faut puiser des connaissances plus sûres. Ce guide, qui partout détermine les hommes, en Amérique est plus écouté que partout ailleurs, parce que dans ce pays-là l'affaire de tout le monde, sans aucune exception, est d'augmenter sa fortune. Ainsi, l'argent est le seul culte universel; la quantité qu'on en possède est la seule mesure de toutes les distinctions.

Il serait done déraisonnable de chercher ailleurs que dans l'intérêt la cause déterminante de toutes les volontés politiques, et, par conséquent, du penchant réel en faveur de l'Angleterre.

L'Amérique, dont la population est actuellement de quatre millions d'âmes et augmente rapidement, est dans l'enfance des manufactures. Quelques forges, quelques verreries, des tanneries en assez grand nombre, quoique imparfaites, de petites fabriques de drap et de casimir dans le Connecticut, de tricots grossiers en Pensylvanie, de coton dans différents endroits, servent mieux à attester l'impuissance des efforts faits jusqu'ici, qu'à fournir au pays les articles de sa consommation journalière.

Je ne comprends point sous le nom d'objets manufacturés les farines, les salaisons, les potasses et les huiles de poisson, quoique tous ces articles aient subi une préparation.—Les habitants de la campagne font eux-mêmes, en beaucoup d'endroits, les étoffes et le linge dont ils se vêtissent eux et leurs familles. Mais ce secours de l'industrie domestique est nécessairement bien incomplet et n'empêche pas que l'Europe n'envoie a l'Amérique une partie de ce qu'elle doit consommer intérieurement chaque année et une grande partie de ce qu'elle réexporte dans son commerce extérieur.

Ces importations sont fournies à l'Amérique si complètement par l'Angleterre, qu'on a lieu de douter si dans les temps de la plus sévère prohibition, l'Angleterre jouissait plus exclusivement de ce privilège vis-à-vis de ce qui était alors ses colonies, qu'elle n'en jouit actuellement vis-à-vis des États-Unis indépendants. Les causes de ce monopole volontaire sont faciles à assigner: 1º l'immensité de fabrication qui sort des manufactures anglaises, la division du travail, suite de cette grande fabrication et produit de grands capitaux dont le commerce anglais a la disposition. Enfin, l'ingénieux emploi des forces mécaniques adaptées aux différents procédés des manufactures, a donné le moyen aux manufacturiers anglais de baisser les prix de tous les articles d'un usage journalier, au-dessous de celui auquel aucune autre nation peut les établir.

2º Les grands capitaux des négociants anglais leur permettant d'accorder des crédits plus longs qu'aucun autre négociant d'aucune autre nation ne pourrait le faire. Ces crédits sont toujours au moins d'un an, et souvent s'étendent beaucoup au delà. Il en résulte que le négociant américain, qui tire les marchandises d'Angleterre, n'emploie presque aucun capital à lui dans le commerce et le fait presque en entier sur les capitaux des négociants anglais: les articles qu'il a reçus d'eux à crédit, il les revend de même à crédit aux marchands détailleurs, et ceux-ci aux consommateurs. Ce n'est que quand ces consommateurs ont payé que le débitant paye le négociant américain. A son tour, le négociant américain ne paye son correspondant d'Angleterre qu'après qu'il a été remboursé par les débitants. Ainsi, il n'y a de réels que les capitaux du négociant anglais et les moyens du consommateur. Tout le reste est crédit et circulation. C'est donc de fait l'Angleterre qui fait le commerce de consommation de l'Amérique. On doit bien croire que le négociant anglais doit, de manière ou d'autre, charger ses comptes de vente de l'intérêt de ses fonds dont il accorde un si long usage. Mais comme les demandes se succèdent et s'augmentent chaque année, il s'établit une balance de payements réguliers et de crédits nouveaux, qui ne laisse en souffrance qu'un premier déboursé dont l'intérêt est à répartir sur les factures suivantes en même temps que sur les premières. Cette première dette établit un lien difficile à rompre des deux côtés entre le correspondant anglais et l'américain. Le premier craint, s'il arrêtait les envois, de renverser un débiteur dont la prospérité est la seule garantie de ses avances. L'Américain craint, de son côté, de quitter un fournisseur avec lequel il y a trop d'anciens comptes à régler. Entre des intérêts ainsi cimentés et fortifiés par une longue habitude, il est impraticable à une nation tierce d'intervenir. Aussi la France est-elle réduite avec l'Amérique à quelques fournitures de denrées particulières à son sol. Mais elle n'entre point en compétition avec l'Angleterre sur la vente des objets manufacturés, qu'elle ne pourrait établir en Amérique ni à si bon compte ni à si long terme de crédit.

Depuis deux années, la combustion des affaires en France a forcé plusieurs négociants de songer, non plus aux moyens de faire des bénéfices, mais à ceux de sauver une partie de leur propriété en sacrifiant le reste; pour cela ils se sont trouvés trop heureux d'investir une partie de leurs fonds en marchandises quelconques et de les envoyer sous cette forme en Amérique, sans chercher ce qui serait profitable, mais prenant et envoyant tout ce qu'ils pouvaient trouver. Ils savaient bien que, quelques pertes qu'ils fissent, elles ne seraient rien auprès du risque de laisser leurs capitaux en France. Cette spéculation du désespoir a fait arriver dans le continent beaucoup plus de marchandises françaises qu'il n'y a coutume de s'en trouver. Mais cette importation passagère ne prouve rien pour un commerce régulier. C'est l'empressement tumultueux de gens qui déménagent dans un incendie et pour qui tout abri est bon; mais ce n'est pas l'importation judicieuse de négociants qui ont fait un calcul et qui le réalisent. Le peu de vente qui s'est fait de ces objets en comparaison de leur quantité, et la préférence marquée qu'ont obtenue les marchandises anglaises, fournissent un argument de plus en faveur de l'Angleterre dans la balance des intérêts américains. Car l'intérêt des marchands sera toujours de consulter le goût des consommateurs, d'étudier leurs habitudes, de les entretenir en les satisfaisant; et ici, toutes les habitudes sont évidemment anglaises.

Ainsi, le marchand américain est lié à l'Angleterre non seulement par la nature de ses transactions, par le besoin du crédit qu'il y obtient, par le poids du crédit qu'il y a obtenu, mais encore par la loi que lui impose irrésistiblement la volonté du consommateur Ces liens sont si réels, et il en résulte des rapports commerciaux si constants entre les deux pays, que l'Amérique n'a de change réglé qu'avec l'Angleterre; elle n'en a point avec la Hollande; elle n'en avait point avec la France, même avant la Révolution Française; et c'est à tel point que les lettres de change qui se tirent de ce continent-ci, se tirent toujours payables à Londres. Ce change est constamment contre l'Amérique dans une latitude de 6 à 12 per 100. Mais cette défaveur ne dégoûte point de tirer des marchandises d'Angleterre, parce que le consommateur qui les demande et qui peut suffre à les payer avec l'énorme addition de prix occasionnée par le fret, par l'intérêt d'un long crédit, par deux ou trois bénéfices ou commissions de vente, n'est point arrêté par l'addition du change; mais cette cherté du papier sur Londres encourage fortement le négociant américain à chercher des moyens de remises en Angleterre, et comme il n'a point de marchandises manufacturées à envoyer en échange, il envoie des denrées brutes qui apportent un double profit à l'Angleterre. C'est ainsi que l'intérêt des Américains se joint à leur inclination pour assurer à l'Angleterre la jouissance de tous les avantages qu'un peuple peut retirer de l'existence d'un autre peuple.

C'est donc à l'Angleterre que l'Amérique veut être utile.

C'est à elle aussi qu'elle peut l'être.

Rien n'est plus nécessaire à l'Angleterre que de trouver des consommateurs pour le produit de ses manufactures. Sa puissance est assise sur une base étroite. Elle a besoin de correspondre avec un marché extérieur immense pour répondre à l'étendue de sa dette et de sa dépense. Qui peut donc la servir mieux qu'un pays de quatre millions d'hommes dont la population se double en quinze ans, et qui, par toutes les circonstances, est encore très loin d'avoir à soi des manufactures? Tout s'y oppose. Le haut prix de la main-d'œuvre qui va toujours croissant, l'imperfection des matériaux premiers, comme la laine et le lin; le caractère indolent des habitants qu'un travail de peu de jours par semaine fait jouir d'autant d'aisance qu'ils en désirent; enfin, l'espèce de répugnance qu'ils témoignent généralement à louer leur travail et à travailler sous les ordres et pour le compte d'autrui. Toutes ces circonstances s'expliquent facilement par l'abondance et le bon marché des terres, et cette cause n'est pas prête à cesser. Ainsi, de longtemps, l'Amérique ne cessera d'être un marché pour tout ce qui se fabrique en Angleterre. On ne se fait pas d'idée du nombre d'articles qui s'importent et de la singularité de quelques-uns Depuis les ferrures des habitants les plus communs jusqu'aux extravagances les plus chères de la mode, il n'y a rien que l'Angleterre n'envoie: trois millions sterling par an n'égalent pas la valeur entière et toujours croissante de ces envois.

Après la consommation de ses manufactures, l'approvisionnement de ses colonies est le plus grand service que l'Angletere puisse recevoir; et l'Amérique est parfaitement située pour le lui rendre. Elle abonde précisément de ce dont les colonies manquent, et peut recevoir en retour, comme une valeur très profitable, cette portion de leurs produits, les rhums et sirops, qui ne mériteraient pas les frais du transport en Europe. Quelles que soient donc les colonies que retiendra l'Angleterre au moment de la paix, elle aura besoin de l'Amérique pour y tenir les denrées à bon compte et pour y faire abonder les bois, les animaux vivants, plusieurs espèces de légumes et de provisions utiles. La France n'aura pas, du moins de longtemps, ce genre de ressources à attendre de l'Amérique. Le système de liberté des noirs, adopté par elle, a anéanti pour beaucoup d'années ses îles à sucre. C'est donc encore entre l'Angleterre et l'Amérique qu'existent sous ce rapport des intérêts réciproques, les seuls liens véritables entre les nations Les mécontentements actuels passeront. L'ordre du 6 novembre[1] ne laissera point de traces plus ineffaçables que les événements de la guerre terminée en 1783. On oubliera jusqu'à la manière dont ces ordres ont été exécutés, manière plus perfide et plus cruelle que les ordres mêmes. On pardonnera aux corsaires bermudois leur brigandage, digne des pirates du Maroc et d'Alger. On oubliera également les services indirects rendus à la cause américaine par le succès des armes françaises; et la reconnaissance ne sera ni plus efficace ni plus éternelle pour la confirmation de l'indépendance que pour sa première conquête.

Tous ces intérêts du moment, toutes ces passions éphémères s'évanouiront avec les difficultés présentes. Les articles convenus avec M. Jay en seront le tombeau. Mais ce qui restera, ce seront les convenances mutuelles, les besoins réciproques, les habitudes nationales, les préjugés universellement reçus, en un mot, toutes les causes naturelles et politiques qui dtermineront a jamais la volonté de l'Amérique pour être utile à l'Angleterre, et qui lui en donneront la possibilité.

Les observations que cette lettre renferme perdraient tout leur air de nouveauté, et seraient l'opinion générale si le gouvernement anglais n'avait pas fait depuis dix ans tout ce qu'il a pu imaginer de plus capable d'aliéner l'esprit des Américains. Des expressions de mépris, ou au moins de hauteur, dans toutes les relations politiques; une froideur soutenue et marquée à leur ministre toutes les fois qu'il fait sa cour, froideur d'autant plus choquante que les formes pour les ministres des autres puissances sont différentes; des délais de quinze jours, trois semaines, pour que le ministre d'Amérique obtienne une audience des ministres du Roi, etc., etc. On a ajouté à cela d'envoyer en Amérique un ministre, des consuls pris parmi les hommes connus pour avoir été opposés par eux-mêmes ou au moins par leur famille a l'indépendance. Quelle misérable administration que celle qui prend des formes de bouderie vis-à-vis d'un pays qui consomme plus de trois millions sterling de marchandises anglaises par an! L'Angleterre perdrait-elle de sa suprématie parce que le ministre d'Amérique serait passablement traité, parce que l'on n'insulterait pas le pays en y plaçant des agents d'un rang subalterne et qui n'ont d'autre mérite que de tenir à quelque famille tory? Sa supériorité serait-elle diminuée si l'on envoyait ici comme ministre un grand seigneur, jeune, et qui eût des formes agréables? Eh bien, il faut ne pas savoir ce que c'est que la vanité d'un peuple nouveau, encore embarrassé de son maintien dans le monde politique,—il faut ne pas connaître les Americains pour douter de l'effet général produit sur le pays par des moyens si simples. Les Américains seraient flattés; et le jour où ils seraient flattés, ils seraient ramenés.—II y a deux ans que le prince Édouard[2] a passé à Boston et y a été à un bal; cette année, on disait encore avec reconnaissance qu'il n'avait pas refusé l'invitation qu'il avait reçue; on parlait de sa bonté, de son affabilité. La femme qui a dansé avec lui, de joie, d'embarras, de respect, s'est trouvée mal et a eu une attaque de nerfs après sa contredanse.—Si lord Wycombe a oublié combien il est resté dans les différentes villes d'Amérique ou il a été, et le nom des personnes chez qui il a dîné ou pris du thé, je serai fort en état de le lui dire; car on a note de cela ici; c'est sur le registre des familles.—A quelques lieues de Boston, j'ai été chez un homme qui avait des chevaux qui avaient appartenu au prince Édouard, et qui en tirait beaucoup plus de vanité que de service: et mille autres faits, tous aussi petits, et par cela même plus probants.—Je finis en concluant que les Américains resteront indépendants, qu'ils seront utiles a l'Angleterre plus qu'aucune autre puissance, et que cette utilité augmentera en proportion de ce que le gouvernement anglais perdra des formes de hauteur qu'il emploie dans toutes ses relations avec l'Amérique.

Voilà, Milord, une lettre bien longue; mais comme elle renferme quelques observations qui sont hors de la manière de voir des voyageurs qui font la description du dessus des pays où ils passent, j'ai cru que, toute informe qu'elle est, vous la recevriez avec votre indulgence accoutumée.

J'ai l'honneur de vous renouveler, Milord, l'assurance du respectueux et inviolable attachement avec lequel je suis

Votre très humble, etc., etc.

New-York, 15 juin 1795.

Milord—Je me sens encouragé à observer attentivement les objets qui m'environnent, par l'espoir d'en rencontrer qui vous intéressent. J'aime à rassembler sous vos yeux des faits politiques comme on dépose des curiosités naturelles dans un Muséum déjà nombreux. Ce que le hasard m'offre de piquant, je vous le transmets sans plan et sans méthode. Vous classerez ces matériaux, Milord, et vous trouverez, j'ose le croire, l'occasion de les employer dans un grand système.—Aujourd'hui, c'est d'un homme que je veux vous parler; d'un homme qui m'a paru assez frappant pour meriter votre attention. Vous avez beaucoup vu d'hommes, vous en avez employé beaucoup; ainsi vous savez qu'ils sont rares, ceux qui portent avec eux une valeur réelle, et qui peuvent être essentiels aux grandes affaires. Tel est, je pense, celui dont je veux vous entretenir.

Au mois de septembre de l'année derniere, il est arrivé d'Angleterre à New-York M. Thomas Law, frère d'un membre du Parlement et d'un avocat distingué d'Angleterre. Il avait été employé de la Compagnie des Indes; il passait pour un homme de fortune; il venait pour s'établir en Amérique et débutait par acheter une maison à New- York. Le hasard me l'a fait rencontrer. Un voyage de six semaines dans l'intérieur des terres nous a tenus continuellement en présence; et une circonstance singulière m'ayant donné de bonne heure une opinion peu commune de la moralité et de l'élévation de ses sentiments, je me suis attaché à le bien connaître, et j'ai fini par me lier étroitement avec lui.

M. Law est âgé de trente-six ans. Il a passé quatorze ans dans l'Inde; il était collecteur des revenus, chef juge et magistrat au Bengale dans le district de Gya et Patna, lorsque milord Cornwallis fut envoyé comme gouverneur à Calcutta avec des instructions pour établir au Bengale un systeme d'imposition territoriale décennaire, c'est-à-dire qui devait subsister dix années sans changement.—Sir John Shore devait être l'assistant de lord Cornwallis dans cette entreprise réputée fort importante. Après trois ans d'attente, de délai, les plans de sir John Shore n'étant point encore prêts, lord Cornwallis s'adressa à M. Law, qui lui donna des mémoires pour l'établissement d'une imposition territoriale assise à un taux permanent et immuable à perpétuité. Il établit les principes de ce système; il en développa les conséquences, et réussit à persuader à lord Cornwallis que l'augmentation des ressources à tirer de l'Inde, la prospérité du pays, l'encouragement de son industrie, la loyauté des natifs envers l'Angleterre, tout recommandait également d'adopter cette mesure si libérale, si destructive de l'arbitraire.

De grandes oppositions s'élevèrent contre cette nouveauté. Elle fut discutée et combattue par les serviteurs de la Compagnie. Dans cette discussion, que j'ai sous les yeux, sir John Shore se distingua par la modération de ses principes et la sagacité de sa discussion; et, en admirant les motifs de M. Law, il conclut à la rejection de sa mesure. Contre tant d'opposition, lord Cornwallis seul, convaincu par les arguments de M. Law, eut le courage de se décider en faveur du système permanent. Il en prescrivit d'abord l'exécution dans le district administré par M. Law, et lui fit quitter ensuite son emploi pour le mettre à la tête de l'établissement général et le charger de mettre en activité le plan qu'il avait conçu et défendu avec tant de constance. L'entreprise était forte, et le manque de succès n'eût pas trouvé de pitié chez ceux qui avaient été contraires au système. M. Law ne fut point effrayé de ces obstacles et réussit a les surmonter. Il proposa successivement au gouverneur général et au bureau de revenu tous les règlements nécessaires pour faire cesser l'ancien ordre d'impositions en fermes, et pour établir l'ordre nouveau d'impositions perpétuelles et fixes.—Une autre branche de son plan de taxes était l'abolition des droits locaux de talls et de péages et autres exactions dont le commerce intérieur était chargé par les propriétaires natifs, au passage de toutes les rivières, le long de tous les chemins et au séjour dans toutes les foires ou marchés. Il proposa d'indemniser les propriétaires qui avaient titre ou possession suffisante, et de rendre au commerce opprimé par ces droits une liberté, source d'industrie pour le pays même et de revenu pour la Compagnie.

Lord Cornwallis a eu le bonheur de voir réussir complètement ces institutions libérales pour lesquelles il donna constamment à M. Law le plus généreux support. II eut aussi la satisfaction de les voir entièrement approuvées par une lettre générale de la Compagnie, sous l'autorité de laquelle elles sont devenues loi.

Au commencement de 1792, M. Thomas Law est revenu en Angleterre, emportant du Bengale les témoignages les plus avantageux des officiers de la Compagnie, les marques les plus vives de l'affection et du regret des natifs et l'amitié de lord Cornwallis. Il emportait aussi la conscience d'avoir fait le bien, de l'avoir fait très en grand, tant par rapport à l'étendue du pays, de la population et des revenus sur lesquels il avait opéré, qu'en égard aux conséquences de son système en faveur de la métropole, et des ressources à tirer de l'Inde devenue un pays agricole et plus manufacturier que jamais sous un régime qui ne pouvait plus opprimer l'industrie. Il prévoyait dès lors le danger des colonies à sucre dans les Indes occidentales, et désirait qu'on encourageât la culture des sucres de l'Inde tant par la réduction du fret des vaisseaux de la Compagnie que par celle des droits qui donnent aux marchands des Indes occidentales l'équivalent d'un monopole. II s'attendait à fixer l'attention de l'administration sur ces grands objets; et quel est l'homme qui en pareil cas ne désire pas aussi la fixer sur lui-même? Que ferait-on d'un peu grand, d'un peu difficile sans ce principe d'émulation? Mais il ne fut pas longtemps en Angleterre sans s'apercevoir qu'il s'était fait illusion. Reçu avec froideur, il fut écouté avec distraction. Il croyait trouver l'administration remplie des idées contenues dans ses mémoires; et M. Dundas lui demanda de quel avis il avait été dans la question de l'impôt permanent. Si on le questionna sur ses idées, ce fut pour les lui soutirer; et quand on crut s'en être emparé, on en confia l'exécution à d'autres qui ne les entendaient pas et qui y ont introduit des contradictions, faute d'en saisir l'ensemble. La Compagnie annonçait que l'excellent système de l'impôt permanent exigeait pendant longtemps d'être soigné et suivi avec une attention paternelle; et elle donna toutes les nominations à sir John Shore et autres personnes qui s'étaient opposées à son établissement, et dont il avait fallu que M. Law vainquît les répugnances. Était-il informé de quelque règlement qui devait partir d'Europe et qui était en contradiction avec les idées qu'on avait l'intention de soutenir; ses avis, qu’il courait offrir, étaient ballottés de bureau en bureau, et, après mille délais, on regrettait qu'ils fussent arrivés si tard: la décision était prise et envoyée.—Enfin, il fut question d'entrer en guerre avec la France. M. Law ne cacha point qu'il était contre cette mesure, et dès lors il fut proclamé jacobin.

Voilà, Milord, ce qui a donné à l'Amérique un habitant que doit, selon moi, regretter l'Angleterre, à raison de son caractère, de sa probité, et beaucoup plus encore à raison de ses talents. Je me félicite d'avoir acquis en lui, pour l'agrément de ma vie, une société toujours instructive et toujours intéressante. Nous causons souvent du pays singulier qu'il a habité, et des choses qu'il y a faites. Il est plus réservé sur celles qu'il avait encore en vue et qu'il regardait comme les conséquences du système dont l'imposition fixe était le commencement. Soit qu'il considère ses pensées ultérieures comme la propriété de son pays auquel il en est comptable, ou comme la sienne dont l'expérience lui a appris à être plus avare désormais, on ne l'amène point à développer ses plans. Il se permet seulement quelquefois d'en indiquer l'objet. C'est ainsi que j'ai su qu'il croit avoir les moyens de faire réussir une opération inverse de celle de M. Dundas qui a transporté en Angleterre la dette de l'Inde. L'idée de M. Law serait au contraire de transporter sur l'Inde une partie de la dette de l'Angleterre; et cela sans injustice, sans autorité et du consentement des créanciers. En soulageant l'Angleterre d'une partie de sa dette, il la soulagerait d'une partie proportionnelle de ses taxes: cette dette et ces taxes pèseraient moins sur un peuple plus nombreux, sur un territoire plus vaste et plus fertile, qu'elles ne pèsent sur la population et la surface de l'Angleterre; et si la suite des temps et la force des choses arrachaient à la Grande-Bretagne la belle colonie de l'Inde, elle serait au moins un peu consolée en voyant une partie de sa dette se détacher avec cette possession et suivre sa destinée. Je regrette sincèrement de ne pouvoir ni vous donner les moyens d'exécuter ce projet, ni vous assurer même de sa solidité. Je n'en ai d'autre garant que ma très bonne opinion du jugement de son auteur. Mais je n'ai aucun doute que tout ministre bien intentionné ne puisse disposer de M. Law, le faire revenir en Angleterre, lui faire exposer toutes ses idées, et disposer meme de ses services, toutes les fois qu'il Ten requerra franchement et au nom de l'utilité de son pays. Il est Anglais au fond du cœur; et il aime l'Angleterre, quoiqu'il y haïsse quelques personnes et qu'il cherche à se persuader qu'il est enthousiasmé de l'Amérique. Une sorte d'indifférence sur les bagatelles qui occupent les gens médiocres, donne à quelques hommes, et peut-être même à ses frères, la présomption de le juger sévèrement et de le prononcer un homme léger. Il n'est rien moins que léger dans les affaires, et surtout dans les affaires publiques, où il a fait preuve de réflexion, de patience et de persévérance. Au surplus, les hommes en Angleterre dont il aime à se réclamer et qui, sans connaître tous ses plans, connaissent ses principes et son caractere, sont milord Cornwallis et deux de ses anciens collègues de l'Inde, M. William Young, de Harley street, et M. Patrick Heatly, de Hertfort Saint-May Fair.

Vous trouverez, Milord, ma lettre bien longue; mais dans un temps où tant de gens sont occupés de calomnier et calomnient avec succès, il faut bien chercher à établir solidement la réputation des personnes qui ont du mérite aupres de celles dont on prise extrêmement l'opinion.

Soyez assez bon pour me rappeler au souvenir de tout ce qui vous entoure.

J'ai l'honneur de vous renouveler, Milord, l'assurance du tendre respect et du dévouement avec lequel je serai toute la vie

Votre, etc., etc.

  1. Ordre du Conseil d'Angleterre, du 6 novembre 1793: "Les commandants des vaisseaux de guerre et des corsaires ayant lettres de marque contre la France arrêteront et détiendront tous bâtiments chargés de marchandises de produit de quelques colonies appartenant à la France, ou portant des provisions et autres articles pour l'usage desdites colonies; ils poursuivront devant nos cours d'amirauté, pour leur être adjugés ainsi que les cargaisons."

    Cette instruction faisait suite, en l'aggravant, à une autre instruction en date du 8 juin 794, qui autorisait les croiseurs et corsaires anglais à capturer tout bâtiment neutre chargé de blé, farine ou grains, destiné à un port français ou occupé par les Français.

    Ces deux ordonnances, qui avaient pour objet d'affamer la France en interceptant tous les approvisionnements qui lui étaient destinés, porta son comble l'irritation déjà produite aux États-Unis par la persistance des mauvais procédés de l'Angleterre à leur égard. En effet, ce que l'on appelait le commerce des îles se faisait alors en très grande partie sous pavillon américain, et les ordonnances de l'amirauté anglaise le supprimaient de fait. Parmi les républicains ou antifédéralistes, aujourd'hui les démocrates, que le parti opposé, les fédéralistes, aujourd'hui les républicains, appelait par dérision le parti français ou jacobin, l'indignation prit les formes les plus vives. Les fédéralistes, qui étaient au pouvoir et dont toutes les sympathies étaient acquires à l'Angleterre, se montrèrent moins ardents; mais, entraînés par le courant, ils durent demander, avec les républicains, que l'on prît une attitude énergique vis-à-vis de l'Angleterre. Au commencement de l'année 1794, l'agitation centre l'Angleterre avail tellement augmenté que la guerre devenait probable.

    C'est à ce moment que Washington, qui voulait éviter cette calamité, imagina d'envoyer John Jay à Londres en mission de conciliation. Ce choix n'était pas heureux: Jay, quoique d'origine française, détestait la France, et les républicains ne manquèrent pas de dire qu'il n'hésiterait pas à sacrifier les intérêts de la France pour ceux de la Grande-Bretagne. L'événement devait justifier ces craintes.

    Nommé le 16 avril 1794, Jay arriva à Londres le 15 juin et entra aussitôt en négociations avec lord Grenville. Le 19 novembre, il signait le fameux traité qui brouilla pendant plusieurs années la France avec les États-Unis. Contrairement à ses instructions, Jay abandonna le principe de l'immunité de la marchandise ennemie sous pavilion neutre, auquel la France et les États-Unis avaient souscrit par traité, et, en échange d'avantages contestables, déserta à la fois la cause des neutres et l'alliance française. (Note by M. Pallain in his work, La Mission de Talleyrand à Londres en 1792.)

  2. The Duke of Kent.

D

Paper on Sepulchral Monuments contributed by Lord Lansdowne to the "Gentleman's Magazine" 1791.

In complimenting or commemorating any great character, expence is a secondary consideration. All works of art please or displease in proportion as taste and judgement prevail over it. In architecture, the greatness of the mass sometimes imposes, even where the structure is barbarous; but, in sculpture, the mass becomes an intolerable enormity, where it is not highly executed and imagined; which, in a groupe of figures, implies the arts to have attained the utmost decree of perfection. In the case of monuments this is the more true, as a mere massy monument, composed of common-place allegory, may be raised to any body, whose will or whose posterity may direct the payment for it, without creating any interest, and often without being at all understood. Besides, the publick is in general grown cold to allegory, even in painting, where, nevertheless it is much more supportable than in statuary. The great object, where a character admits of it, should be to produce those sensations which resemblance of exalted characters never fail to do, even in persons most experienced in the human character; and at the same time create an association of ideas, which may tell themselves in honour of the persons intended to be remembered.

The proposal for erecting a monument to the late Mr. Howard suggests these reflections. If they have any foundation, it will be difficult to find an occasion so proper, and so free from objection, to enforce and carry them into effect; as, besides continuing his likeness to posterity by a single statue, three public points may be obtained; which, combined all together, must reflect the highest honour on his memory; namely,

1st, To reserve St. Paul's, the second building in Europe, and the first in Great Britain, from being disfigured or misapplied in the manner of Westminster Abbey.

2dly, To assist the arts most essentially, by advancing statuary, which may be considered as the first, because it is the most durable, amongst them.

3rdly, To commence a selection of characters, which can alone answer the purpose of rewarding past or exciting future virtues; and the want of which selection makes a public monument scarcely any compliment.

It would be not invidious, but unfair, to criticize the several monuments in Westminster Abbey; but let any person of the least feeling, not to mention taste or art, unprejudice his mind, and he must find himself more interested in viewing the single statue erected by Mr. Horace Walpole, to his mother Lady Orford, than with any of the piles erected to great men. And if Mrs. Nightingale's monument captivates beyond many others, it is greatly on account of its simplicity; and its being very little more than a single figure. It may as well be supposed, that a young person can begin to write whole sentences without making single letters, as that statuaries can make groupes with so little practice as they have in single figures. But if the example is once set, it will most likely become a general fashion to erect statues or busts to every person whose family can afford it, throughout the country. Fifty statues and a hundred busts will be bespoke where one group now is; since a statue will probably be to be had for 300l. and a bust for 50l. Besides which, simple tablets may be admitted into country churches, subject to some arrangement which may answer the purpose of general ornament, and prevent churches from being disfigured, as they now universally are. The same reason which makes our chimney-pieces better worked, and sharper carved, than those which come from Rome, namely the greatness of the demand, will gradually improve our artists in the more elevated line of their profession. Their numbers and their constant employment will give a greater chance, if not a certainty, of genius discovering itself from time to time.

The selection might be made subject, in the first instance,

1. To the King's sign manual.

2. The vote of either house of Parliament.

3. The vote of the East India Company.

4. The ballot of the Royal Society.

5. The sense of any profession, taken under such regulations as may be deemed most unexceptionable.

6. The fame as to artists, men of letters, or other descriptions, subject to proper regulations.

The subscription and the vote must be a sufficient check upon all the latter description.

The liberality shewn in first opening the door of St. Paul's to the monument of Mr. Howard, who was a Dissenter, already gives the assurance that difference of religion will not deter from doing honour to striking worth, without regard to the persuasion of those who may afford examples of it. All partaking in the good which they may have done, all are bound to acknowledge and encourage it.

Upon the same reasoning, some spot might be reserved for eminent foreigners, who are very properly, upon principles of the same general kind, while living, associated to the Royal Society and other learned bodies.

But none ought to be admitted in consequence of the wish or sole opinion of families or individuals.

It might, perhaps, be thought proper to leave it to the Royal Academy, to form a general plan; and they might class the several descriptions, allotting places to each.

It is surely of some consequence to whom the first monument in St. Paul's should be erected; and who can be so proper to begin this selection as Mr. Howard? He spent his life and fortune in services which were highly dangerous to himself, but beneficial to every country and every age. Though engaged in doing the most active good, he created no enemies, and excited no envy, even in his life-time; the purity of his intentions leaving him superior to all pursuits of vanity or ambition. His merits were of such a general and fundamental nature, as to serve for an example to all ranks, professions, and nations.

It belongs to the Committee to determine whether there is any thing in these reflections which can contribute to do that real justice to his memory which it deserves.