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ÉQUINOXE


Ce soir, j'ai tout l'automne en moi.
Ses gris, ses désespoirs, ses morts et ses tempêtes.
Et tout le menaçant émoi
Des malfaiteurs de route — oh fières et fortes têtes !
Moi, le déshérité des humains, dont vous êtes.
Volontaire déshérité.
Que vous me faites mal avec votre gaîté !
— Car j'ai quitté toutes vos fêtes.
Prenez garde ! je vous rendrai le mal que vous me faites.
Je suis le Juif errant et le déshérité —
Dieu de ma destinée, et souvent de la tienne,
O femmes, trop diverses : « toi ».
Mais, la marque reste seule en moi. —
Toi, par le mauvais temps, faut-il qu'il t'en souvienne
— A peine ?
Voici venir l'automne, et l'on rentre chez soi :
L'amour familial dans la maison jolie !
Mais nous qui nous chauffons au feu de la folie.
Où donc est notre épaule, où donc est notre toit ?
Amants des grands chemins, usons nos bons cerveaux.
Nos bras qui ne savent qu'étreindre.
— Etreindre? Mieux vaudrait étrangler — et sans geindre
Se tuer dans l'égout pour l'amour vieux-nouveau,
La face bien marquée de tous leurs crocs, (répliques
Que nous auront données ces chiennes dites nos sœurs)
Mais la face levée vers le ciel, extatiques.
D'un dernier coup de poing, au cœur !


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